Bonsoir,
Tout à fait Elias : on peut se préparer au combat. On peut aussi décider de jouer un autre jeu, que celui présenté comme inévitable.
L'époque de l'hyper-contrôle a commencé. Il nous faut l'investir judicieusement. Et c'est de cela dont j'aimerais que l'on discute si vous le voulez bien.
Le Choix

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Depuis ma dernière
réflexion sur les Caméléons, une multitude d'événements ont affiné notre perception de la nature du web d'aujourd'hui : vols de mots de passe et d'identité par millions, failles de sécurité en veux-tu en voilà, intrusions en pagaille dans les systèmes informatiques, nouveaux documents Snowden dévoilés, hyper-surveillance manifestée ... difficile de se trouver des repères dans ce monde numérique ultra-violent, impalpable,
aux réactions 4 millions de fois plus rapide que notre système nerveux.
La tentation de
prêter allégeance au plus puissant (en ce moment : Google) est forte. La tentation de se réfugier derrière un précieux "Mais moi, je n'ai rien à cacher" l'est encore plus.
Pour ma part, j'ai pris une claque, et j'ai repris mon numérique en main, en augmentant mon niveau d'exigence.
Comment se protéger ? Comment savoir si on se trouve réellement en sécurité, ou si on ne fait que ressentir la sensation d'être en sécurité et en confidentialité ? Où fournir les efforts nécessaires, et monter en compétence ?
Un des biais contre lequel il faut lutter est de chercher une solution unique et définitive, en adaptant au numérique, son vécu de tous les jours : par exemple "J'ai une porte blindée, donc je suis tranquille chez moi" n'a aucune pertinence. Il faut s'équiper et
maîtriser le maniement de plusieurs outils complémentaires, et
éviter de déléguer la responsabilité de sa sécurité informatique à une tierce personne. Autre exemple : je me suis rendu compte ces derniers jours avoir été victime de ce biais,
en souhaitant absolument aboutir à une solution unique. Un travail critique et un peu de lucidité m'ont amené à reconnaitre que ce n'est pas le bon chemin. J'ai abandonné le projet.
La première étape est donc de décider d'être
réellement maitre de sa machine et de l'administrer convenablement. Le choix du système d'exploitation est à convenance personnelle : du plus soucieux, qui utilisera exclusivement
Tails au modéré qui accordera sa confiance à OSX ou Windows, tout en réalisant qu'il n'est qu'une goutte d'eau identique aux autres dans l'océan numérique infini (stratégie pas idiote).
Puis,
éviter d'installer des logiciels exotiques,
vérifier régulièrement les modules complémentaires installés dans son navigateur web,
créer autant de session utilisateur que nécessaire : chacun la sienne.
Verrouiller sa session quand on s'absente.
Choisir des mots de passe suffisamment forts, sinon rien ne peut empêcher de
les attaquer par force brute (sauf peut-être grâce au Pbkdf2 mais je ne crois plus trop en la pérennité de cette méthode). Utiliser des
logiciels dédiés à la gestion de mot de passe.
Vient le moment de chiffrer son disque dur (via FileVault, Truecrypt, ...), et de mettre en place une politique de sauvegarde adéquate : soit en local sur disque chiffré, soit en ligne via des outils comme Spideroak ou Crashplan,
en prenant bien soin de conserver soi-même la clé de chiffrement. Nous y reviendrons.
Voilà, vous êtes chez vous
Comment sortir de son chez soi numérique en toute tranquillité ?
Tout dépend de l'environnement dans lequel vous vous trouvez : si vous utilisez votre propre réseau, surfez tranquille en prenant soin de vérifier les
modules complémentaires nichés dans votre navigateur (je le répète, mais c'est important). Utilisez
Adblock ou µBlock pour éviter d'être tracé.
Ensuite, cela se complique, car vous ne pouvez administrer le web en son entier. Vous devez accorder votre confiance, en fonction du niveau d'authentification demandé, et c'est ce curseur qu'il va falloir manipuler.
J'ai pleinement confiance en fortdissy.info, car je sais qui l'administre (salut les gars

). J'en connais les enjeux, les objectifs. Je sais qu'il n'y a aucune exigence de rentabilité et aucune soif de pouvoir à étancher. Pas d'arrière monde. Juste l'envie de protéger et d'accroitre une capacité d'action et d'expression.
Je me suis appuyé sur la réputation des logiciels utilisés (phpbb, wordpress), sans avoir pris le temps d'auditer leur code source. Et c'est un tort :
L'open source est gage de transparence, mais encore faut-il avoir la compétence et le temps pour comprendre et mettre en perspective ce qu'il y a dans le code.
Les failles openSSL en sont l'amère illustration. Je fais finalement comme tout le monde : j'applique les patches de sécurité en sus des nouvelles fonctionnalités, et cela me va bien.
Si vous ne vous sentez pas en confiance, rien ne vous empêche de vous protéger en utilisant
le réseau Tor, qui garantira votre anonymat quand vous vous connecterez au forum. L'important n'est pas de savoir qui vous êtes, mais d'apprécier la qualité de votre contribution.
Finalement vient
le choix de votre boite mail, et si vous visez un service qui garantie la confidentialité réelle de vos échanges, la réponse à cette question vous donnera un bon indice :
Qui détient la clé de chiffrement de mes données ?
J'avais
abordé le sujet précédemment : par défaut,
toute sauvegarde d'un système d'information se fait en clair. C'est à dire que les données ne sont pas protégées par mot de passe, alors qu'elles sortent de la protection des droits d'accès. Aucune malice derrière cela : c'est tout simplement fait pour faciliter le travail d'administration. Il faut néanmoins garder à l'esprit, que les données se trouvent entièrement consultables par ceux qui ont accès aux fichiers de sauvegarde (et une bonne sauvegarde se fait
hors site).
Pour repérer le niveau de confidentialité d'un webmail, il suffit juste de chercher s'il existe une fonction : "changer mon mot de passe par mail" ou équivalent.
Si vous pouvez changer de mot de passe, c'est la preuve qu'un administrateur peut accéder à vos données en clair. Utilisez protonmail.ch comme webmail, spideroak comme équivalent dropbox. Utilisez crashplan pour sauvegarder votre ordinateur dans les nuages, en vous assurant de sélectionner le mode avancé, qui vous accorde l'exclusivité de l'accès aux sauvegardes, mais qui vous coupe de toute aide extérieure en cas de perte de données.
Pourquoi est-ce important ?
Recherche temps réel dans les boîtes mail et les documents de toute l'entreprise
Les moeurs ont changé en entreprise, au gré des innovations apportées par les nouvelles technologies. La dernière ligne Maginot est contournée : on pouvait préserver un petit espace à soi, en stockant ses messages ou documents dans un dossier intitulé PERSO, afin de se prémunir de l'intrusion d'une conscience humaine : "Touche pas, ce sont des trucs perso. La CNIL me suit sur ce coup-là". C'est fini :
L'accès ne se fait plus en suivant la hiérarchie des dossiers, mais en recherchant par mots-clés en profondeur dans le contenu.
Concrètement : mon entreprise comme beaucoup d'autres utilise la suite bureautique pro de Google. C'est pas cher, fiable, pratique, fluide, productif.
Pour le double de l'abonnement de base, Google propose un service fascinant :
Google Vault et plus particulièrement eDiscovery, présenté
intelligemment ainsi :
Rapidité de la recherche Google
Recherchez et récupérez des informations précieuses, même au sein d'un compte fermé. C'est une façon
intelligente de rassembler les informations dont votre équipe juridique a besoin et de prévenir la perte de données en cas de départ d'un employé.
https://www.google.com/work/apps/busine ... cts/vault/
En fait, sous prétexte de l'anticipation d'un litige avec un employé, eDiscovery offre la possibilité de
consulter toutes les boites mail d'une organisation, et ce,
n'importe quand et sans même à avoir besoin de l'accord de l'employé (enfin si, ils ont l'accord, car l'employé a deux choix : cliquer sur "j'accepte les conditions générales" sans les avoir lues ou ne pas avoir d'outil de travail). eDiscovery investigue en silence dans les boites mails et les documents, sans oublier ce qui a été supprimé (y compris le dossier PERSO, car automatiquement archivé).
L'interface est simple comme bonjour :

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Cela peut paraître normal pour un directeur d'avoir un outil pareil pour
hyper-contrôler l'activité de son entreprise, avoir le pouvoir de rechercher un fait dans la boite mail de n'importe quel employé. Lire une discussion, en faisant l'économie de l'interprétation et du contexte.
Mais cela peut lui paraître anormal qu'un administrateur puisse faire de même dans la boite mail d'un directeur.
Il est possible de paramétrer et attribuer finement les droits d'accès aux interfaces de recherche eDiscovery. La logique d'attribution reste pyramidale, en cascade :
à la tête, les administrateurs qui ont le dernier clic, qui décident.
L'enjeu pour les éditeurs de logiciels est donc de
mettre en place des interfaces extrêmement simples, qui masquent toute la complexité technique, afin qu'un pousse-bouton puisse administrer le domaine de l'entreprise en son entier (alors qu'il fallait une équipe entière pour maintenir en interne et administrer un annuaire de type active directory, doublé d'une couche Exchange).
L'équipe concentrant les pouvoirs peut rester extrêmement restreinte, et même s'hyper-concentrer en un seul individu : le directeur lui-même, s'il sait cliquer sur les bons boutons.
Derrière toute ce bel édifice, Google règne en maître, car
comme l'a très bien souligné Elias 
, il a potentiellement accès à tout.
Une description formelle de la
féodalité, vous ne trouvez pas ?
Bonne nuit

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