Rochelet a écrit :Je vous conseille la lecture d'un livre" Ils ont perdu la raison" de Jean de Kervasdoué, Robert Laffont, 240 pages, 19 euros.
Il me semble que l'argumentation de Jean de Kervasdoué repose sur la perte de croyance dans le progrès, le progrès étant lui-même basé sur les découvertes scientifiques. Ce serait un mal Français non partagé par le reste du monde, ou en tout cas non partagé par les nations dominantes, qui elles ne se posent pas questions et ont bien raison de ne pas le faire. Et la France se recroquevillerait sur le principe de précaution et cesserait toute innovation, peureuse de tout.
Feuilleter ce livre m'a fait me souvenir du témoignage de Michel Serres :
Michel Serres a écrit :
À Hiroshima, il se joue pour l’Occident quelque chose de très important, non seulement pour l’Occident mais pour la confiance que nous avions dans la raison.
Tous les problèmes qui aujourd’hui ont la dénomination d’éthique, éthique scientifique, déontologie, … sont nés à Hiroshima.
Je me souviens d’un article que j’ai écrit et qui s’appelait « La Thanatocratie ou le gouvernement de la mort », et qui disait, que c’est la première fois que se pose à la Science des questions fondamentales concernant son rapport à la société.
Et là, il y a quelque chose qui fait décliner notre rapport à l’Histoire, notre confiance dans le progrès, notre optimisme rationnel, et ainsi de suite.
Il y a un éclair qui transforme l’Occident.
Et ça a transformé ma vie. Le problème de conscience posé par les bombes nucléaires a été décisif pour ma carrière. Il n’y a pas de doute : j’étais scientifique et j’ai eu besoin de passer par une réflexion un peu latérale par rapport aux Sciences. Et je me souviens : Gaston Bachelard, par exemple, trente ans après Hiroshima, qui faisait encore des livres qui s’appelait : « L’Activité Rationaliste de la physique contemporaine » en 1951.
Il n’avait pas entendu le tonnerre d’Hiroshima.
Finalement, la base documentaire de Crapouille provient de là, je crois. Cela me parait sain de douter du
Progrès, mais de choisir de façon éclairée quel
progrès nous souhaitons. D'où l'importance des appareils critiques comme ce forum, des lieux de débats, de confrontation d'idées. D'où l'importance de l'hémicycle avant prise de décision. Même si notre système politique n'est pas parfait aujourd'hui, j'en vois pas de mieux

Du coup, je me suis décidé à arrêter de considérer les hommes de pouvoir comme des punshing balls, des incapables, des corrompus, ... mais plutôt comme des hommes de bonne volonté jusqu'à preuve du contraire, face à des défis d'une complexité inouïe.