Bonjour,
J'ai écouté hier soir une discussion foudroyante au sujet de Whiplash. Je vous livre ici les critiques du batteur interviewé qui m'ont paru les plus savoureuses. Vous pouvez écouter la demi-heure d'émission en suivant ce lien :
http://www.franceculture.fr/emission-l- ... 2015-05-22
J'ai toujours pas compris où voulait en venir ce film.
Le prétexte qu'invoque ce petit dictateur pour pousser ses élèves plus qu'à bout, c'est qu'il risquerait sinon d'empêcher le monde de découvrir le nouveau Charlie Parker. Pourtant, tout se passe sur une musique totalement has been.
On ne peut pas percer la peau d'une caisse claire d'un coup de poing.
Il n'est question dans ce film que d'une musique de répertoire, joué sans aucun autre état d'âme que de la jouer "parfaitement", c'est-à-dire comme l'entend ce gars. Point barre. Jamais il n'est question de style, de création, d'individualité encore moins.
Ce film ne tient pas debout, sans parler du sadisme permanent, de l'apprentissage dans la souffrance.
J'ai toujours appris qu'un musicien qui se blessait, c'était un musicien qui ne savait pas jouer.
Cela ne viendrait à l'idée de personne de s'arracher les mains, sachant qu'on va jouer le lendemain.
On voit ce jeune gars essayer de pousser sa vitesse, et à ce moment-là, il ne fait absolument pas de musique. Pour parler crûment, c'est à chier. Plus aucune maîtrise, plus rien. Il est juste comme si on lui avait branché des électrodes, vous savez, les trucs pour se faire les abdos, et puis voilà.
Ce n'est pas une école, c'est une usine à fabriquer des exécutants. C'est un film de guerre qui dure 2h20.
Par rapport aux films de guerre, au bout d'un moment, j'ai repensé à "Autour de Minuit" de Tavernier, où Dexter Gordon raconte une mauvaise expérience quand il était sous les drapeaux et il réfléchit puis il dit : "Je pense que le
bebop a été inventé par des gars qui ont réussi à se tirer de l'armée". Et qu'est-ce qu'on voit dans ce film ? Exactement l'inverse ! C'est sidérant ! Et il parle tout le temps de Charlie Parker, l'inventeur du Bebop.
C'est un assassinat quant à la musique.
Il n'est jamais question de musique. Il n'est jamais question d'air, de silences ... la plupart du temps, tout est joué à toute blinde.
Du coup, faut vraiment prendre ce film comme un fantasme, et non comme un documentaire retraçant l'émergence d'un génie musicien.
Au final, c'est le point de vue que j'adopte, après avoir été longtemps hésitant tant le film est scotchant.